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danseraparis.fr (18 mars 2013) - " Entretien avec Catherine Jaleran "

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"J'ai l'impression qu'il y a plusieurs vies qui s'enchaînent. C'est très agréable !" Nicolas Noël a commencé la danse classique à l'âge de neuf ans. Dès lors, le virus ne l'a plus quitté puisqu'il intègre à onze ans l'école de danse de l'Opéra de Paris puis est engagé dans le corps de ballet à dix-neuf ans; ce qui lui donne l'opportunité de travailler avec des chorégraphes talentueux tels que Rudolf Noureev, Maurice Béjart, Caroline Carlson ou encore Angelin Prejlocaj. Par la suite il se met à la chorégraphie, apprend le chant, devient professeur de danse et intègre en tant que danseur la compagnie Julien Lestel. Je l'ai rencontré à Eléphant Paname où il occupe également le poste de responsable de la danse.

Bonjour Nicolas, vous avez commencé la danse classique à l'école Palmyre Romanov à Lyon. Qu'est-ce qui vous a incité à pousser la porte ?

Comme je ne souhaitais pas faire un sport de groupe, je me suis dirigé vers la danse classique. J'étais un peu timide comme enfant et le fait de travailler sur soi me plaisait beaucoup.

Vous avez dit que vous gardiez un bon et un mauvais souvenir de l'Ecole de danse de l'Opéra de Paris. Pouvez-vous m'en dire plus ?

Nous avions les cours scolaires le matin de 8 h à 12 h et ceux de l'après-midi étaient consacrés à la danse. A onze ans, je trouvais difficile d'être loin de ma famille même si je retournais à Lyon pendant les vacances et les week-ends. Egalement le fait de devoir passer régulièrement des examens danse chaque année mettait un stress énorme. A cela s'ajoutait le fait de voir des amis quitter l'école.

Il y a-t-il un esprit de compétition entre élèves ?

Oui, certains l'avaient. La danse est un travail personnel et cela implique d'être le meilleur.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune danseur ou danseuse qui voudrait embrasser la carrière de danseur classique ?

Les qualités à avoir sont nombreuses. Il faut un corps fait pour la danse classique sinon il va souffrir : une ouverture des hanches, des pieds, des genoux. Ensuite, il faut garder la passion quoiqu'il arrive et travailler pour progresser jusqu'à la fin de sa carrière !

Les professeurs remarquent-ils dès le début ces qualités ?

Oui, on voit tout de suite s'il va y avoir une lutte ou pas. Moi, je me situais juste dans la moyenne. Je travaillais beaucoup et faisais en sorte d'aller au bout de mes capacités.

Comment se passent les promotions dans le corps de ballet ?

Cela se fait chaque année par concours interne. C'est un mois de travail intense qui permet de montrer ce que l'on sait faire et de progresser. Il y a une variation imposée et une autre à piocher au choix dans le répertoire qui permet de montrer une autre facette de sa personnalité

Par qui étiez-vous jugé ?

Le jury était composé de la direction de l'Opéra, quelques danseurs élus par le ballet et quelques personnalités extérieures.

Quel est votre plus beau souvenir de scène ?

"Le Parc" d'Angelin Prejlocaj : je faisais partie des quatre jardiniers. C'était une chorégraphie efficace dans laquelle je me sentais très à l'aise. Nous ouvrions et clôturions le ballet en tant que dieux de l'amour. Le public appréciait beaucoup. C'était très agréable !

Egalement "Le concours" de Maurice Bejart qui m'avait donné pour la première fois un rôle de soliste. C'est une personne très humaine qui nous encourageait avant de monter sur scène en nous disant "Maintenant, prenez du plaisir !" C'est lui qui m'a rappelé que la danse est une passion. C'est important car les gens le ressentent dans la salle.

En 2008, vous quittez l'Opéra de Paris. Comment cette décision se prend-elle ?

C'est difficile de quitter l'Opéra de Paris. Cela s'est fait par étape.

J'y étais depuis l'âge de onze ans et la décision n'a pas été évidente à prendre même si l'on se dit que l'on aimerait bien faire autre chose. J'avais pris une année sabbatique pour "tester" l'extérieur. J'en avais d'ailleurs profité pour apprendre le chant et je me suis retrouvé avec des gens venant de tous les milieux. C'était vraiment super !

Il y a eu également une étape importante : celle de mes vingt ans d'Opéra. A ce moment, je me suis dit : essayons de voir autre chose ! Quand on est danseur on a un rythme décalé par rapport aux autres. On parle toujours du moule de l'Opéra de Paris et c'est vrai qu'il faut correspondre aux attentes. Pendant cette période il a fallu que je retrouve ma personnalité et créer de nouvelles relations étant donné que la danse prenait énormément de temps entre les répétitions et les tournées; ce n'était pas évident de maintenir les contacts.

Finalement vous aviez la fibre artistique sans le savoir !

Oui, je pense que c'était là ! Depuis tout petit j'adorais me déguiser et jouer des rôles. C'est pour cela que ma mère a senti que la danse classique pourrait me plaire. J'aime l'art !

En parlant de création, vous avez touché à la chorégraphie. De quelle manière vous vient l'inspiration ?

Oui, j'ai créé trois chorégraphies. Pour la création, je pars toujours d'une musique. Je travaille seul en studio avec une caméra. Ensuite j'improvise et brode autour de la musique.

En 2011, vous relancez votre carrière de danseur au sein de la compagnie Julien Lestel

Les membres de la compagnie Julien Lestel font partie des personnes qui étaient avec moi à l'Opéra de Paris. Cela a été très dur de relancer la machine. J'avais beaucoup d'appréhension de retrouver les douleurs que j'avais avant; notamment celles des genoux. Et puis j'avais fait une croix sur le fait de danser à nouveau. Mais finalement je suis très content d'avoir repris !

Vous êtes également professeur de danse classique. Quelles satisfactions en tirez-vous ?

Oui, depuis 2008 et c'est quelque chose qui me plaît énormément ! Le fait de chorégraphier chaque jour un cours de 1 h 30, de créer une ambiance, un groupe de travail avec des rapports qui se créent m'a beaucoup apporté. Cela m'a donné finalement toute la reconnaissance que je pouvais espérer ailleurs; ce dont je ne m'attendais pas.

En tant que professeur quelle est la pédagogie que vous utilisez ?

Enseigner aux enfants et aux adultes est très différent : Lorsque j'enseigne aux adultes je me demande quels conseils j'aurais bien aimé que l'on me donne.

Lorsque j'enseigne aux enfants je fais appel à ma mémoire en essayant de me rappeler la manière dont j'avais appris, comment j'ai découvert mon corps et me souvenir des conseils que me donnaient mes professeurs.

Vous êtes responsable de la danse à Eléphant Paname depuis septembre dernier. Quel est votre rôle ?

Je m'occupe de la location des studios de danse avec les professeurs. J'ai également travaillé avec Noëlla Pontois et Fanny Fiat sur l'exposition qui se déroule actuellement. Noëlla est une personne que j'aime beaucoup et avec laquelle je travaillais mes concours chaque année.

Quels sont vos projets ?

Depuis septembre j'ai beaucoup de casquettes donc je ne pense pas en ajouter pour le moment. Mon projet est d'arriver à bien m'organiser, continuer sur ma lancée et faire grandir Eléphant Paname avec moi. Aussi de plus en plus de projets de danse avec la compagnie Julien Lestel. Cet été nous allons participer au festival d'Avignon. J'ai beaucoup de chance !

Qu'est-ce qui vous motive pour avancer ?

Le plaisir que je ressens lorsque je suis sur scène et celui de créer.

Je remercie encore Nicolas Noël pour cet entretien.
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